Mon fils a beaucoup d’angoisses depuis la rentrée…

…C’est ce que la maman de Steven (prénom modifié pour raison de confidentialité) m’explique lorsqu’elle prend rdv par téléphone. 

J’ai déjà vu Steven il y a quelques semaines. Il a 9 ans et à ce moment-là, je le reçois car il a peur de dire non à ses copains. Il est bien embêté avec ça parce qu’il se retrouve à jouer à des trucs qu’il n’aime pas et n’arrive pas à dire ce qui lui plait à lui ce qui le met en colère. Il a toujours l’impression de devoir suivre les autres et de ne pas s’écouter. 

La séance aura suffit à ce moment là à lui donner des outils (pierre de confiance, bouclier magique de protection…) et la maman m’explique que, de ce côté là, il va beaucoup mieux.

Mais aujourd’hui, il vient parce qu’il a peur.

 

Peur de la mort, peur que sa maman ait un accident quand elle part au travail, peur qu’il arrive un truc à son papa.

Chaque matin, il pleure, a du mal à quitter sa maman. Quand il rentre le soir, il se met souvent en colère contre elle.

Madame explique qu’il a toujours eu beaucoup de questionnements autour de la mort. Il se demande souvent comment il fera par exemple si se retrouve tout seul…

Mais depuis quelques temps, elle explique qu’elle ne sait plus comment le rassurer. Les angoisses quotidiennes de son fils lui pèsent et elle se trouve à court d’arguments et d’outils pour l’aider.

J’explore l’environnement, le contexte familial… à priori, aucun événement en particulier qui pourrait expliquer cette montée d’angoisse.

Je questionne un besoin de contrôle, de maîtrise de la part de Steven et en effet, la maman me confirme qu’il cherche à tout anticiper.

C’est une première séance sur cette demande et je commence à me dire que ce sera peut être le point d’entrée pour aujourd’hui (travailler sur la forme, le symptôme, et pas sur le fond du problème).

A mesure qu’elle décrit devant son fils et moi ce qu’elle vit chaque matin, je vois que l’émotion monte pour elle. Je décide alors de ne pas me focaliser sur ce que vit Steven. Je vais partir de la maman, devant Steven qui du coup, devient spectateur de ce qui se passe pour sa maman.

Accueillir l’émotion pour mieux la laisser partir

Je demande à la maman: “c’est quoi l’émotion qui est là?”

Le simple fait de pointer ce qui se passe chez elle ravive un peu plus l’émotion en question. 

“De la tristesse“.

“Vous me la prêtez?” Je la sens un peu dubitative, elle jette quelques coups d’œil à Steven qui affiche un grand sourire sur sa chaise de voir sa maman se prêter au jeu et elle me dit ok.

Je fais mine d‘attirer dans ma main l’émotion en question puis très vite j’enchaîne:

“elle est de quelle couleur?” Et la maman réponds du tac au tac “bleue”.

“Bleue foncée, claire?” “foncée”.

“Quelle forme, quelle taille, plutôt chaude ou froide? lourde ou légère? quelle texture?”

Très vite, me voilà avec une boule bleue foncée, plutôt lourde et chaude et d’aspect mousseux dans la main. 

Madame n’en revient pas d’avoir dit tout ça en quelques dizaines de secondes et Steven continue de s’en amuser. Il commente ce qui se passe en trépignant sur son siège. 

J’éloigne la boule bleue de la maman, puis je la rapproche et Madame sent clairement qu‘il se passe un truc dans la poitrine quand la boule est loin “c’est moins serré, plus léger”. 

“Qu’es ce que vous aimeriez en faire?”

“M’en débarrasser”. 

Je me méfie toujours de ce  truc un peu radical qui est de vite se débarrasser du truc pourri. Du coup, je demande toujours avant si par hasard, depuis que ce truc est là, est-ce qu’au tout départ il ne se serait pas créé avec une utilité quelconque?

Parfois les gens disent que non. Souvent, ils réalisent qu’à un moment donné oui, ce ressenti/cette émotion, leur a servi à quelque chose.

 

“Je pose à nouveau la question: que voulez en faire?” 

La réponse est parfois la même – s’en débarrasser – mais avec l’idée qu’aujourd’hui, il n’y en a plus besoin. 

Et très souvent, les gens souhaitent la transformer, la rapetisser, voire même, lui dire au revoir ou merci

C’est souvent un moment fort émotionnellement d’ailleurs.

L’idée est qu’ils ne fassent pas semblant de ne pas voir

Quand une émotion est là, le seul moyen de la dépasser est de se demander à quoi elle sert et de la traverser.

La maman de Steven a choisi de la remercier pour l’alerte que ça a avait créé pour elle puis de la jeter par la fenêtre.

Gros soulagement. Et un Steven avec des yeux tout écarquillés de ce qui venait de se passer.

L’occasion d’expliquer à la maman qu’elle peut aussi utiliser cette technique à la maison pour accompagner Steven lorsqu’il ne sait pas décrire pourquoi il n’est pas bien et à Steven de lui dire qu’il peut aussi s’amuser à le faire de son côté 🙂

“Je veux voir ma peur” ou comment créer un contexte aidant pour la suite de la séance

Après 30 minutes avec madame et son fils, je lui propose de nous attendre Steven et moi en salle d’attente pour que je poursuive avec lui.

Lui qui était arrivé tout discret avec l’envie que ce soit sa maman qui prenne la parole pour expliquer le motif de la séance me dit tout à coup en sautant sur sa chaise avec un grand sourire “je veux voir ma peur“.

Rien que de l’écrire, je trouve ça génial 🙂

En le rendant témoin du vécu de sa mère sur la transformation de son émotion, il n’y avait plus qu’à récolter le fruit de l’envie que ça avait provoqué pour lui.

Nous sommes donc allés chercher sa peur, qui était dans son ventre, toute rouge, lourde et grosse comme un ballon de foot.

Le simple fait de balader son ballon de peur dans la pièce lui permettait de sentir combien le ressenti pouvait être différent

Après quelques tests, il a souhaité la jeter par la fenêtre lui aussi (oui j’ai beaucoup de trucs pourris sous ma fenêtre :D)

Puis il a voulu qu’on aille explorer sa colère

Comme des fioles de couleurs un peu comme on en trouverait dans un laboratoire de potions magiques, nous avons vidé la fiole de colère qui était prête à déborder pour n’en laisser qu’un peu (2/10 sur la graduation de la fiole). Parce que oui, la colère est utile parfois et Steven voulait donc en garder un peu mais il fallait aussi que quand la colère se met à bouillir, elle ne déborde pas tout de suite!

Demain matin, je sais que je n’aurai plus peur

Boosté par ce qu’il vient de faire, Steven m’explique qu’il sait que sa peur s’est envolée. 

Pas sûre pour autant que ce soit si vite réglé, je ne suis pas dupe mais en travaillant sur cette première séance sur le symptôme, c’est  une première étape qui permet à l’enfant (et à sa maman) de sentir que les choses peuvent bouger.  

La prochaine séance permettra de voir comment ils s’en sont saisi au quotidien, ce qui a bougé et de pouvoir avancer un peu plus loin dans la problématique de cette peur de la mort.


Prendre RDV

Partagez si le cœur vous en dit
  •  
  •  
  •  
  •  
  •